Lettre ouverte à Antoine Gallimard : plaidoyer pour Citadelle (St-Exupéry) – LA SUITE…

 

Citadelle FolioCher Monsieur,  

Je vous remercie pour l’attention portée à mon message et pour la réponse reçue le jour même, de Monsieur Louis Chevaillier. Je vous prie de m’accorder encore quelques secondes de votre précieux temps pour lire mes derniers arguments.
 
Je comprends désormais ce qui a pu motiver la réduction de plus d’un tiers de l’oeuvre originale qui, de mon point de vue, ne méritait pas d’être à ce point, remaniée et dépouillée.
 
Sans vouloir vous offenser, je ne pensais pas qu’un jour, la maison Gallimard -qui reste mon éditeur préféré- contribuerait à transformer l’une de nos plus belles oeuvres littéraires françaises en une forme de « Reader’s Digest »Comme quoi, même les plus grands peuvent commettre des erreurs.
 
Au risque de vous décevoir, je n’offrirai JAMAIS la version abrégée de Michel Quesnel
 
En supprimant les redites de cette oeuvre inachevée -d’où les réitérations-, Michel Quesnel nous a surtout privés du cheminement intellectuel d’Antoine de Saint-Exupéry en pleine création d’une oeuvre extraordinaire. Comment cette évidence a-t-elle pu échapper à vos comités de réflexion ?
 
Tant pis, je continuerai à offrir des exemplaires jaunis et abîmés de Citadelle autour de moi… et saurai désormais expliquer les raisons de votre choix éditorial. Trouver des exemplaires suffisamment intacts pour être offerts va malheureusement bientôt ressembler à la quête du Graal... mais qu’y puis-je ?
 
Aussi, si Louis Chevaillier s’imagine que des adolescents découvrant des extraits de Citadelle, se tourneront ensuite vers l’oeuvre complète aux éditions La Pléiade, cela témoigne surtout du fait que nous ne fréquentons pas les mêmes jeunes gens. Pour ma part, j’évoquais des lecteurs issus de milieux modestes, qui n’ont certainement pas l’argent pour acquérir des livres dans cette édition certes, magnifique, mais fort élitiste à tous points de vue. J’aimerais tellement que, comme moi plus jeune, la nouvelle génération puisse emporter dans un sac à dos, une version intégrale de Citadelle en Folio, pour accompagner ses voyages et la découverte du monde.
 
J’espère également que le « souci pédagogique de faire connaître des chefs d’oeuvres au plus grand nombre » (je cite Monsieur Chevaillier) ne conduira personne d’autre à réduire ainsi, d’autres merveilleux récits.
 
Je suis profondément triste quand je vois ce sacrifice commis, sans sourciller, sur l’autel de la facilité. 
 
Le nivellement par le bas atteint même l’oeuvre d’Antoine de Saint-Exupéry : quel constat désespérant.
 
Suite à ma lettre ouverte d’hier relayée par internet, j’ai reçu, assez étonnamment, beaucoup de soutien : l’une de ces personnes me suggérait de vous proposer un format « e-book » électronique pour l’oeuvre intégrale initiale. 
 
Cela me parait une très bonne idée que je me permets de vous relayer, en espérant qu’elle retiendra davantage votre attention que mon souhait d’une réédition sous format papier. Qu’en pensez-vous ?… Pouvons-nous espérer cela ?….
 
Enfin, je vous renouvelle mes remerciements pour votre réponse sérieuse et argumentée et vous souhaite l’envie de vous replonger dans le texte initial, en espérant que la magie de Saint-Exupéry prendra ensuite le relai.
Après tout, si j’ai déclenché en vous -ou en quiconque- la curiosité de découvrir ou le désir de relire ce texte dans son intégralité, j’aurai contribué, à ma manière, à défendre l’héritage de St-Ex. 
 
Malgré mes 44 ans, j’ai la faiblesse de croire aux miracles.
 
Dans l’espoir d’une prise de conscience de votre part sur l’intérêt et surtout sur la beauté magistrale du texte intégral initial, je vous prie d’agréer, Cher Monsieur, l’expression de mes sentiments dévoués.
 
 
Marie-Odile Pirus
 
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Chère Madame,
 
Je m’occupe de la littérature contemporaine en Folio. Antoine Gallimard m’a transmis votre message concernant Citadelle.
 
Vous regrettez que les adolescents ne puissent plus découvrir ce titre dans sa version intégrale en poche. Mais la nouvelle édition, réalisée en 2000, avait justement pour but de toucher un plus large public en proposant une version certes abrégée mais de plus de 400 pages de cette œuvre posthume. Comme vous le signalez, Citadelle est un texte inachevé qu’Antoine de Saint-Exupéry a souvent dit vouloir reprendre. Le pari de Michel Quesnel, et qui nous semble gagné, était de parvenir à mettre en lumière la richesse de ce livre sans les nombreuses redites du manuscrit. Loin de vouloir se substituer à l’auteur, il cherchait humblement à aider le lecteur à trouver un chemin dans les pages de cette œuvre.
 
Ce choix n’a donc pas été dicté par des questions de rentabilité  (bien au contraire cette édition a nécessité de nouveaux investissements) mais par le souci pédagogique de faire connaître un chef-d’œuvre au plus grand nombre, au risque de décevoir ceux qui s’étaient, comme vous, nourris de l’œuvre intégrale.
 
Je suis certain que les lecteurs à qui vous offrirez ce texte dans cette édition seront séduits par ce très large choix, avant de se tourner, s’ils souhaitent approfondir leur connaissance de l’œuvre de l’auteur, vers l’édition en Pléiade.
 
En espérant vous avoir convaincue, ou du moins avoir répondu à certaines de vos interrogations, et en vous remerciant pour votre fidélité, je vous prie d’agréer mes sincères salutations.
 
Louis Chevaillier

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Merci, merci, mille mercis à tous ceux qui me témoignent leur sympathique soutien ! Cela me fait chaud au coeur de lire que je ne suis pas isolée à vouloir retrouver Cidatelle dans une version non abrégée (et un peu plus abordable qu’en édition Pléiade).

Je garde espoir que les choses peuvent changer !…

Et vous ?  Quelles idées avez-vous pour continuer ce combat ? Qui peut m’aider ???…

N’hésitez pas à partager vos ressentis et vos idées en commentant cet article ou en m’écrivant directement. Votre soutien m’est précieux… et l’union fait la force !

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Une réflexion au sujet de « Lettre ouverte à Antoine Gallimard : plaidoyer pour Citadelle (St-Exupéry) – LA SUITE… »

  1. Que ce soit pour « Citadelle » où autres, et OUI cette maison « d’édition » devenue plus logiciens qu’éditeur,comme notre ami Antoine aime à les nommer, ne son pas à leurs premières gaffes de ces temps ou la machine remplace l’âme de nos créateur de « dictionnaire » d’aujourd’hui qui ne son que mots et papier sans contenu mais soutenu, heureusement par son logiciel de grammaire, pas de fautes, sauf celle de n’avoir pas de contenu ou d’âme qui est la même chose, bref, dernièrement ils ont fait pire! OUI! Imaginez! Toucher du coup l’œuvre de Yourcenar et Virginia Woolf, « les vagues ». Ce livre est le mariage précieux de ces deux grandes dames de la littérature que notre « ami » a fait divorcé dans sa « nouvelle » édition, retraduite par un certain traducteur dont la seul qualité étais d’être sans contenu aucun! BRAVO! Ne vous en faite pas trop, ils ont eu ma messive félicitations! Je pense que cette grande maison d’Édition Française est envahie de barbares, une bonne « Citadelle »? Peut-être! André Lecteur et amoureux de la Littérature Française

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